"Sunshine" - Ballet de l'Opéra de Lyon (2014)


© Stofleth

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Choreography, lights & soundtrack: Emanuel Gat
Music: G.F. Haendel, Water Music Suite no 2 in D major (HWV 349) Overture et Bourrée
Soundtrack created in collaboration with: Frédéric Duru
Choreography assistant: Geneviève Osborne
A work for 10 dancers, created in September 2014 for the Ballet et Orchestre de l’Opéra de Lyon.

 
 

En confiant à Emanuel Gat une création pour le Ballet, l’Opéra de Lyon a fait le double choix de l’invention et de l’exigence. Car si le chorégraphe d’origine israélienne n’a abordé la danse qu’à l’âge de 23 ans après une première carrière de sportif et de musicien, il a depuis, mis les bouchées doubles et renouvelé l’approche du mouvement. A la fois sensible et abstrait, son langage chorégraphique s’appuie d’abord sur la musique, dont le choix est pour lui si déterminant qu’il lui arrive, comme dans l’une de ses précédentes pièces Brillant Corners, d’écrire lui-même la partition. Accompagné ici par les musiciens de l’Opéra de Lyon, il a choisi de créer une pièce collective à laquelle les danseurs du Ballet apportent chacun leur part de créativité, dans un processus de travail à mi-chemin entre rigueur et improvisation.

 

Invité l’an passé à créer une pièce pour le Ballet, à l’occasion de l’ouverture de saison et du lancement de la 16e Biennale de la Danse, Emanuel Gat a composé une « construction » musicale et chorégraphique dont le charme subtil impressionne durablement la rétine. Sur quelques mesures de la Water Music de Haendel, remixées d’éléments sonores captés durant les répétitions de l’orchestre, dix danseurs déroulent une partition sensible dont ils ont, selon le vœu du chorégraphe, nourri la trame gestuelle. Dans une obscurité trouée de lumière, on retrouve les qualités de fluidité et de mystère propres à l’auteur de Brilliant Corner et de Plage Romantique. Venu à la danse à l’âge de 23 ans après une première carrière de gymnaste, Emanuel Gat démontre une nouvelle fois qu’une danse peut être à la fois abstraite et extrêmement physique. Expressive, sans être nécessairement narrative. 

 

Le flexible et musical israélien Emanuel Gat avec Sunshine

 

Sunshine, d’Emanuel Gat, fait preuve de plus de simplicité. Créée en 2014 à partir d’improvisations de jeunes artistes de la compagnie, la chorégraphie a des allures de répétitions en studios. Les danseurs en joggings et chaussettes glissent sans jamais s’interrompre dans une respiration très naturelle. La bande-son, qui rassemble plusieurs morceaux d’Haendel, est entrecoupée des commentaires enregistrés des musiciens s’exerçant sur la partition. Véritable mise en abyme du spectacle, Sunshine fait donc office de démonstration du Ballet de l’Opéra de Lyon dans sa jeunesse et son inventivité.

Bachtrack

 

Sunshine, imaginé en 2014 par Emanuel Gat sur le Water Music de Georg Friedrich Haendel. Ou plutôt d'après, puisque la bande sonore mêle l'ouverture et la fin de cette suite à des enregistrements des répétitions de l'orchestre de l'Opéra de Lyon. Le chorégraphe aime à dire que son processus de création est continu, que chacune de ses pièces est une image, un instantané de l'endroit où les danseur.se.s de sa compagnie et lui-même en sont de ce processus à un instant T. Bien sûr, produire pour le Ballet de l'Opéra de Lyon change la donne. Mais la méthode reste la même : composer une trame complexe à partir de phrases chorégraphiques improvisées par les interprètes. Le résultat est fluide, naturel. Entre courses, sauts et portés, vives accélérations et mouvements ralentis, jeunes hommes et femmes vêtu.e.s des costumes de ville qu'ils.elles ont eux.elles-mêmes choisis, évoluent en grappes qui parfois se disloquent, offrant une danse d'une grande fraicheur.

Danses avec la plume

 

Emanuel Gat ne part jamais d’un message ou d’un questionnement mais bien d’une recherche sur le mouvement. […] Dans Sunshine, les changements bruts et abrupts de lumières éliminent toute envie de recherche d’une histoire, même chez les spectateurs les plus prosaïques. Le refus de costumes qui signifieraient quelque chose, le refus du sens et donc d’une certaine intelligence analytique est une perte pour le spectacle, au bénéfice d’un mécanisme créatif qui est certainement réjouissant à donner.

Le processus de création d’Emanuel Gat est très particulier, assez unique dans le monde de la danse : il crée en parallèle la chorégraphie, les choix musicaux et la lumière. Ce n’est que dans un second temps qu’il vérifie que les trois univers se confrontent dans un résultat a priori intéressant. Élément atypique, il utilise surtout l’orchestre dans une bande enregistrée pendant les répétitions. Les instants musicaux sont surtout solitaires, en amont et en aval de la danse. Même si c’est une façon de détourner la contrainte d’une musique live, les passages enregistrés font résonner le live et l’écho de la musique se confond avec l’écho du geste. En effet, les partitions de Gat sont souvent composées de grands moments de pauses, dans le silence, qui laissent toute sa place à la persistance rétinienne et auditive de ce qui vient de se vivre.

Inferno Magazine